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Fire Games of Napoli

Fire Games of Napoli


Allons-y, mon frère. Discrètement. On l’allume et on se casse. Écoute. Vas-y, allume-le. Cours. Continue de courir. Cours. Vite ! Vous aussi ! D’APRÈS LA LÉGENDE, SAINT ANTOINE A ÉVITÉ L’ENFER EN VOLANT LE FEU
AU DIABLE POUR EXPIER LES PÉCHÉS DU MONDE. TOUS LES ANS, LE 17 JANVIER, DES GROUPES D’ENFANTS RIVALISENT
POUR LE PLUS GRAND FEU DE JOIE EN SON HONNEUR. Nous sommes en guerre. On a brûlé tous les arbres de Torretta,
un gang rival. Ils veulent nous détruire. On les vaincra. Tout ça sera à nous demain, mon frère. NICO
13 ans Ça, c’est la mairie, notre planque. Entoni, attrape ! La mairie est l’endroit le plus cool
de Naples. On a mis des arbres dans tout le bâtiment. On rassemble du bois pour le feu de joie,
c’est une tradition. On prend tous ces arbres, et on les brûle le 17 janvier. Voici notre cave. Descendez voir les arbres. Pousse-toi ! On a découvert cet endroit l’autre jour. On ne connaissait que les étages supérieurs, mais en fait il existe un accès à la cave
depuis l’extérieur, et le bâtiment est accessible par la cave. On en a 350, les gars. – On a volé ces arbres-là à Vomero, un quartier chic,
chez les gens et chez les fleuristes. C’est risqué d’aller chercher les arbres parce qu’on nous a déjà menacés
avec des flingues. Ouais, ils étaient chargés à blanc
ou avec des plombs. Et ensuite on s’est fait pourchasser. En plus, si la police nous attrape,
on risque d’avoir des ennuis. On pourrait finir au commissariat. Au final, on se bat aussi contre la police.
L’an dernier, elle nous a tout pris. Mais cette année est celle de la revanche
car nous aurons le plus beau feu. On va niquer tous les Napolitains. Bien dit ! Ceux qui touchent à nos arbres,
on va les défoncer. Pétrole, essence et pétrole brut,
les Quartiers appartiennent aux guerriers !
50
00:04:09,440 –>00:04:12,320
Oh ! Tu fumes. Totore, jette-moi ça, je suffoque. QUARTIERS ESPAGNOLS
Naples, Italie Le Quartier est vivant. On se connaît tous et on est pareils. Il a un tatouage. Lui aussi. On est tous tatoués. Nous sommes les rois du Quartier.Des Quartiers qui peuvent nous battre,il n’y en a plus !Il n’y en a plus ! ANTENNE JEUNESSE
Quartiers Espagnols Nous voici à l’antenne jeunesse,
regardez comme on est beaux. ELEONORA
Travailleuse sociale J’ai tout de suite aimé ce quartier. J’ai été fascinée dès mon arrivée. En travaillant ici, j’ai appris à connaître
les gamins et les habitants, et je suis restée. Ici, dans les Quartiers Espagnols, on trouve parfois un étrange mélange de situations, de magie, mais aussi de misère. L’originalité de ces quartiers vient
de leur situation centrale : il y a les riches au-dessus et en-dessous, et puis il y a cette zone. C’est un filet très entremêlé
qui se resserre et te prend au piège. Les Quartiers sont étroits et escarpés, et on peut dire la même chose
du mode de vie des habitants. Leurs vies sont étroites et limitées en termes de possibilités économiques, et leurs vies sont rudes. Mais cette promiscuité est aussi une richesse car on n’est jamais seul. Totore, tu tires l’arbre ou quoi ? – Attends, bordel !
– Dépêche-toi, enfoiré ! Eh, le roux… il est minuit. – Je t’emmerde !
– Arrête de me casser les couilles ! On s’éclate, en préparant le feu de joie. On rejoint nos planques
et on dort avec les arbres. Qu’en pensent vos parents ? Qu’on s’égare, mais ils ne comprennent rien. J’aime ce que je fais et j’en ai besoin. Ceux qui disent que le feu de joie
est une erreur, ils ne comprennent rien, ils sont vieux jeu. C’est excitant, et ça crée des souvenirs. Comme la fois où on est allés à Agnano,
tu te souviens ? On a piqué entre 20 et 30 arbres chacun. Les gars, et l’arbre du centre commercial ? – Raconte-leur l’histoire
– Ah, l’arbre du centre commercial. L’arbre du centre commercial. Vous vous souvenez ? Et de ces bâtards de flics
qui voulaient nous le prendre. On ne pouvait pas l’emporter
car il était cloué au sol. Alors on est revenus avec des marteaux et on a réussi à enlever les clous. On l’a emporté dans une bagnole. L’arbre du centre commercial. Ils nous l’ont piqué en moins de deux jours. Certains voient le feu de saint Antoine comme une école du crime
où l’on apprend à voler. Des enfants volent des arbres, et ils attaquent les autres territoires. C’est une activité et un rituel
qui nécessitent beaucoup de stratégie. On n’imagine pas à quel point
ils s’appliquent. Allons-y. Les flics me dégoûtent.
Ce sont des ordures. Quand ils te volent tes arbres après que tu te sois démené, tu es un peu dégoûté. On brûle leurs voitures
parce qu’ils l’ont bien cherché. On doit préparer la base pour notre feu. On met les arbres les plus gros
aux quatre coins et on met les 250 autres au milieu. Tourne ici. C’est dur.
Avec Nico, on est crevés. C’est un jeu. Quand je pique des arbres dans une planque,
c’est un jeu. Je me bats pour m’amuser. Je m’en fiche, ce n’est qu’un jeu. Bon, je ferme. C’est bon, allons-y. On vole des arbres et on allume des feux illégalement. On prépare le feu tous ensemble, comme une famille,
et on se protège mutuellement. Même si c’est débile de se protéger
pour un arbre. CARLO
16 ans C’est mon coiffeur. Quand j’étais petit,
la seule chose qui m’intéressait, c’était de mettre le bazar. Du coup, je n’ai pas de diplôme, à part le brevet des collèges. J’ai un travail, mais j’aurais dû étudier, pour apprendre quelque chose. Je suis serveur. Naples est une ville comme aucune autre. Dans le nord, ça sent la merde. À Milan, ils n’ont que du brouillard. Mais ici, à Naples, on a la mer. Le petit est le plus courageux d’entre nous. – Alors, c’est qui le meilleur ?
– C’est lui. Il pique les arbres à tout le monde. ENTONI
11 ans Il a piqué un paquet d’arbres. Tu aimes être le meilleur ? – Tu es le meilleur ?
– Évidemment. Eh, les mecs, regardez ! On allume un feu pour un ami à nous
qui l’a toujours fait avec nous mais qui est en prison. Notre ami s’appelle Mimmoletto. Mimmoletto était notre leader, car son butin pouvait atteindre
20 à 30 arbres par jour. Il est en centre de détention pour mineurs. Alors on l’aime et on pense à lui. Les mafieux de la Camorra
nous ont poursuivis. Ils nous ont poursuivis.Cavone aux chiottes. Sales voyous ! Les vandales comme vous
méritent une bonne raclée ! Ta gueule, connasse. Les enfants ont toujours joué à la guerre, mais, comme les jeunes qui ont joué
dansGomorraviennent d’ici, la nouvelle génération joue àGomorra. Leur situation a été présentée
sous un jour séduisant. On les appelle “baby gangs”… Cette représentation imaginaire renforce la manière dont ils se présentent
au monde extérieur. “Nous sommes lebaby gang.” Ce sont des enfants.Que ma cuisine est belleOh, nettoyer la cuisine… Luca était un gentil garçon. Ça, c’était à l’école Sant’Eligio. Il perdait les pédales. Il volait des scooters. Imbécile. C’était la première fois qu’il commettait
un braquage. Il n’aurait pas dû. Rien ne le justifiait.
Il ne manquait de rien. Il a d’abord écopé de quatre ans de prison, puis ça a été réduit à trois ans et demi. D’un côté, c’est utile qu’il fasse
de la prison : quand il en sortira, il aura la trouille. Il a le choix. Je l’avais prévenu. Une fois entré, on ne peut plus en sortir.
On ne sort qu’à la fin de sa peine. C’est la loi. Nous espérons qu’il soit placé en résidence
surveillée, pour qu’il revienne à la maison. Pensez-vous que vous devriez l’aider
davantage la prochaine fois ? Non. Dieu seul peut l’aider. Pourriez-vous lui transmettre ce message ? Luca, c’est Maman. Tu as intérêt
à te tenir à carreau à ta sortie. Sinon, tu seras tout seul. Tu finiras SDF, à la rue. Nous ne t’aiderons pas la prochaine fois. Tu peux mourir en prison. Voilà mon message. Il est très clair. Luca, je t’aime. Les gens n’ont pas intérêt à nous chercher, à moins qu’ils veuillent se faire tabasser. Les Quartiers sont notre chasse gardée. On doit se protéger. CHRISTIAN
16 ans Personne ne peut nous battre,
nous sommes les plus forts. Voici ma photo de couverture, qui montre
que je viens des Quartiers Espagnols. Et voilà ma photo de profil. J’ai 16 ans, j’ai arrêté l’école
et je cherche un travail. Je ne suis pas fait pour l’école. Je suis une formation de pizzaïolo.
Je veux obtenir un diplôme pour préparer mon avenir plus tard,
quand je serai adulte. Je n’ai pas d’amis : je n’ai que des frères, car je n’ai confiance en personne à part en mes frères, avec qui j’ai grandi. On a toujours tout fait ensemble. Quand on était plus jeunes,
on volait des arbres, nous aussi. Maintenant, ce sont eux les jeunes. On leur apprend tout ce que l’on sait, notamment comment se procurer les arbres. On s’entend bien. Va faire le guet ! Si on ne bouge pas les arbres,
les gardes vont nous les prendre. L’an dernier, ils en ont récupérés 300
la dernière semaine. Ça ne doit pas se reproduire. Le feu de joie de saint Antoine
est une tradition importante. On la protégera comme notre chatte. Qu’est-ce que tu racontes ? J’ai entendu ça à l’école. Tu comptes toi aussi veiller toute la nuit ? – Moi ? Je dors.
– Tu comptes dormir ? Tu dois rester éveillé, ou ce sera ta faute
si la police met la main sur les arbres. Regardez ce que j’ai trouvé. Fais voir. Vas-y, tire. Il manque quelque chose. S’il n’est pas chargé, il ne fonctionnera pas. Pourquoi ils ont mis du scotch dessus ? Tu me prêtes le flingue ? C’est un vrai. Pan ! Dans le crâne ! Comme Petit Dé ! Bien joué, mon pote. Tu es un homme, un vrai. On commence jeunes. Et on continue en vieillissant. Comme dans les gangs américains. On est lesbaby gangs. Lui, combien vous pariez qu’il va finir
sans le sou à la prison de Poggioreale ? Et toi, tu vas finir… Il nous balancera et pleurnichera… Ta gueule ! Tu me prends pour qui ? Vous savez pourquoi ?
Parce que je lui fais faire des braquages. Il m’a demandé :
“Comment vois-tu ton avenir ?” Toujours ici à San Matteo ? J’en sais rien, je serai peut-être mort. Peut-être qu’on m’aura assassiné. – J’espère pas.
– Moi non plus… Ou il faudra qu’on les tue à notre tour. Qu’attends-tu de la vie ? Il n’y a rien à en espérer. Rien n’est plus beau que la famille, mais je ne peux pas en avoir. Embrassez les enfants
des Quartiers Espagnols ! Dites-leur qu’on n’est pas mauvais,
mais malchanceux. La vie dans les Quartiers est difficile. C’est une impasse. Il n’y a pas d’issue. J’appartiens à un groupe qui a commis
de nombreux crimes et délits. On a tendance à se laisser entraîner
par le groupe. Je ne changerais rien à ce quartier :
ce sont les voyous qui le rendent cool. Il est beau à tout point de vue. Demain, il faut qu’on allume le feu, et ce soir, on doit mettre le feu
aux autres quartiers. Voilà ce qu’on doit faire. C’est la guerre, les gars.
Les types de Torretta veulent nous tuer. Ils veulent notre peau,
ça va être un massacre. On va leur mettre le feu. Allez les gars,
mettons les Quartiers à feu et à sang. On a brûlé les arbres de Torretta
parce qu’ils nous détestent. On a jeté de l’essence sur leur planque. On a sauté par dessus la grille, et on a lancé trois ou quatre cocktails
Molotov sur leur cachette. Tout a explosé. Ils criaient comme des damnés
quand on a lancé les cocktails Molotov. Il ont eu la frousse,
ils criaient comme des fous. Avec toutes ces ruelles, les gamins
n’ont pas la place de jouer au football. Il n’y a pas vraiment de terrain
pour les activités extérieures. Ils vivent uniquement dans le présent. C’est l’une de leurs grandes richesses : le passé et l’avenir n’existent pas. Il n’y a pas nécessairement grand-chose
à leur apprendre, car nous avons tous au fond de nous une personnalité qui ne demande qu’à s’exprimer. Italo Calvino a dit une phrase très juste : “Au cœur de l’enfer, sache reconnaître
ce que l’enfer n’est point.” C’est essentiel. Savoir reconnaître ce qui est déjà présent. Le bien nous entoure. Il suffit de savoir regarder. FEU DE SAINT ANTOINE
17 janvier On y va ! Prenez les cocktails Molotov. Voilà les flics ! Police ! Police ! N’allumez pas le feu ! Vous filmez ? Pourriez-vous arrêter de filmer ? Rangez vos caméras.
Et qui vous a envoyés ? La police.Police ! Police ! Je ne sais pas quoi faire quand je vois ça. RENATO
Habitant du quartier Ce gamin n’a que 16 ans… Ils disent que c’est la tradition,
mais pas du tout… Ça nous plaît. – On se croirait en guerre.
– Exactement. – Quel est l’intérêt ?
– C’est un jeu ! Un jeu ? Ce n’est pas un jeu. Savez-vous ce qui arrive parfois ? Ils se battent, parfois à l’arme blanche,
et ils se blessent. Ça va mal finir. Vous êtes déjà en guerre entre quartiers… Quartieri, Sanità, Forcella… C’est à qui fera le plus d’arbres. Cette rivalité est vouée au pire. On commence par le feu de joie,
et on finit en prison pour 30 ans, ou bien assassiné. Si vous suivez cette voie,
on ne pourra plus rien pour vous, car le mal l’emporte toujours sur le bien. C’est à cause de l’État
que nous n’avons pas d’alternatives. Qu’est-ce que l’État ne vous donne pas ? Les choses que l’on veut. Et qu’est-ce que vous voulez ? Qu’est-ce qu’on veut ? Je ne sais pas ce qu’on veut, mais l’État ne nous le donne pas. Tu veux faire quoi quand tu seras grand ? Tu seras voleur, dis-leur ! J’ai sommeil. Mon avenir, je le vois entouré de femmes. Et le tien ? Moisi. Moi, je sais pas trop. Bien sûr que j’espère m’en sortir. C’est moi qui choisis mon chemin, pas les autres. Parce que c’est ma vie. Plus tard, je veux un travail. C’est tout ce qui m’intéresse. Je veux arrêter les bêtises, c’est tout. Je suis déjà adulte, après tout. Lorsqu’on a allumé le feu de joie,
on était tous là, on a chanté et fait les cons ensemble. C’était un moment magique. On s’amusait, sans penser à rien d’autre qu’à s’amuser ensemble. La vie est étrange. Ce n’est pas parce qu’on fait des bêtises
qu’on est condamnés pour toujours. Tant pis si les flingues doivent me manquer.
Le bon chemin est un très beau chemin. Et la liberté n’a pas de prix. Cessez ce boucan et déguerpissez ! Allez ! Fichez-moi le camp ! Allons-nous-en. Toto, je m’en vais. J’ai trouvé une batterie pleine d’huile ! Jette-la au feu ! La batterie va exploser,
la vie de ma mère ! Qu’est-ce que tu as jeté au feu ? Ça pue la merde.

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